Décryptage | Face à des comptes publics sous pression en 2024, quelle contribution des collectivités locales à l’accroissement du déficit et de la dette ?

L’Insee a publié le 27 mars 2025 les premiers résultats des comptes nationaux des administrations publiques pour l’année 2024 (IR n°81) ainsi que la dette trimestrielle de Maastricht (IR n°82). Ces données mettent en évidence une détérioration marquée des finances publiques, dans un contexte de dépenses sociales soutenues et de ralentissement des recettes.
Cette publication met également en évidence que le « dérapage » des finances locales dénoncé par le gouvernement à la fin de l’été 2024 n’a pas eu lieu. Néanmoins, les collectivités locales voient leur situation financière se dégrader tout en ne contribuant que modestement au déficit public.

Un déficit public qui se creuse en 2024

Le déficit public français, ou besoin de financement des administrations publiques, s’élève à 169,6 Mds€ en 2024, soit 5,8 % du PIB, en légère amélioration par rapport aux prévisions de la loi de finances 2025 (6 %) mais en nette détérioration par rapport à 2023 (5,4 %) et 2022 (4,7 %).

Ce déficit est principalement imputable à l’État, qui enregistre un solde négatif de 152,3 Mds€, tandis que les organismes divers d’administration centrale (ODAC) affichent un déficit de 1,8 Mds€.
Les administrations de sécurité sociale (ASSO) dégagent une capacité de financement de 1,3 Mds€, tandis que les APUL présentent un besoin de financement de 16,7 Mds€, soit 0,6 % du PIB, le plus élevé depuis 1992.

APUL et Collectivités locales

Les Administrations Publiques Locales (APUL) constituent l’un des sous-secteurs des administrations publiques, aux côtés de l’État, des Organismes Divers d’Administration Centrale (ODAC), et des Administrations de Sécurité Sociale (ASSO).

Les APUL regroupent l’ensemble des collectivités territoriales et les organismes divers d’administration locale (ODAL). Ces ODAL sont principalement les établissements publics locaux (CCAS, SDIS, régies et EPA, …) et des organismes tels qu’Ile-de-France Mobilités ou la Société des Grands Projets.

Aussi, il convient de bien distinguer les ODAL des collectivités locales tout comme les ODAC le sont de l’Etat afin d’éviter toute confusion et ne pas surestimer leur impact sur les finances publiques.

Un besoin de financement des APUL sous l’effet d’un déséquilibre persistant

Le besoin de financement des APUL a fortement progressé en 2024, passant de 9,5 Mds€ à 16,7 Md€, soit une détérioration de 7,2 Mds€. Les collectivités locales sont ainsi le deuxième contributeur au déficit public, derrière l’État, représentant près de 10 % du déficit total.

Déficit et besoin de financement

Le déficit public correspond à la situation dans laquelle les dépenses des administrations publiques dépassent leurs recettes sur une année. A l’inverse, lorsque les recettes sont supérieures aux dépenses, on parle d’excédent public.

Le besoin de financement est une notion voisine du déficit, mais plus large, et désigne le montant que les administrations publiques doivent emprunter pour couvrir le déficit de leur budget. Pour l’Etat, ce besoin est mesuré en valeur absolue (en milliards d’euros) et reflète la traduction concrète du déficit sur les marchés financiers : plus le besoin est important, plus l’État doit recourir à l’emprunt.

Aussi, le « déficit » des collectivités locales n’est pas un déficit budgétaire au sens strict, comme celui de l’État puisque les collectivités doivent voter des budgets en équilibre par obligation légale (principe d’équilibre réel), ce qui interdit le déficit de fonctionnement. Par conséquent, ce que l’on appelle « déficit » est en réalité un besoin de financement, lié uniquement à des dépenses d’investissement supérieures aux recettes d’investissement, et équilibré par un recours à l’emprunt.

Selon l’Insee, deux facteurs expliquent principalement cette évolution :

Des recettes peu dynamiques : +2,2 % seulement, contre +4,2 % en 2023. Ce ralentissement tient notamment à la baisse des droits de mutation à titre onéreux, affectés par la chute du volume de transactions immobilières.

Des dépenses soutenues, en particulier l’investissement, qui progresse encore de +7,6 % (après +11,1 % en 2023), dans un contexte marqué par l’inflation et les cycles de fin de mandat local.

La situation comptable des collectivités locales en 2024 arrêtée au 28 février 2025 par la DGFiP.

Sur le strict périmètre des collectivités locales, la Situation mensuelle comptable des collectivités locales (SMCL) indique que :
– Les dépenses des collectivités ont progressé de 4,5% en 2024 avec une progression de 3,7% des DRF et de 5,7% des DRI. Ces dernières atteignent un montant historique à 85,2 Mds€.
– Les recettes des collectivités ne progressent que de 2,1% en 2024 avec des impôts locaux bénéficiant d’une progression dynamique tandis que les DMTO reculent de 13,2%.
– Une épargne brute en retrait de 7% à 32,6 Mds€.

Une contribution croissante à la dette publique

La dette publique au sens de Maastricht atteint 3 305,3 Mds€ fin 2024, en hausse de 202,7 Mds€ sur un an, pour représenter 113,0 % du PIB, contre 109,8 % fin 2023.

Dans cette évolution, la contribution des APUL est significative :
– Leur dette passe de 248,1 Mds€ à 261,9 Mds€, soit une hausse de 13,8 Mds€, représentant environ 7 % de l’augmentation totale de la dette publique.
– Cette hausse est portée par les collectivités locales elles-mêmes (communes : +3,2 Mds€, départements : +2,3 Mds€, régions : +3,4 Mds€), mais aussi par des ODAL tels qu’Île-de-France Mobilités (+1,4 Md€) et la Société des Grands Projets (+1,9 Md€).

Un nécessaire renforcement de la coordination budgétaire avec l’État

Si la situation des comptes publics locaux est moins dégradée qu’annoncée en septembre dernier, elle n’en demeure pas moins préoccupante en particulier pour les départements. Les collectivités locales ont subi un effet de ciseau budgétaire, avec des dépenses en nette hausse (+4,4 %) et des recettes en repli relatif, dans un contexte conjoncturel difficile (inflation, ralentissement du marché immobilier, revalorisations salariales) mais aussi structurel (fin de cycle électoral local, investissements lourds en transport ou énergie).

Ce constat souligne l’urgence de réfléchir à une meilleure articulation des finances locales et nationales. L’objectif de maîtrise des dépenses publiques porté par la loi de programmation des finances publiques (LPFP 2023-2027), qui prévoyait une baisse de 0,5 % des dépenses de fonctionnement en volume, se heurte à la réalité : les prévisions étaient peu tenables.

En conclusion :

Dans ce contexte, la conférence des finances publiques, prévue en avril 2025, et la mise en place d’un comité d’alerte, peuvent offrir une première opportunité de repenser le cadre de gouvernance budgétaire partagé entre État et collectivités.

Pour en savoir plus :

👉Statistiques et études Insee (1)

👉Statistiques et études Insee (2)

👉Situation mensuelle comptable des collectivités locales – DGFiP (mars 25)

 

💬 Un décryptage de Yann  Doyen, Directeur des engagements de l’AFL.