Le 10 mars dernier, le gouvernement a présenté le troisième Plan national d’adaptation au changement climatique (PNACC – 3) après l’étude de 6 000 contributions. Des actions concrètes sont indispensables pour préparer une France à +4° en 2100, tant pour réduire les émissions de gaz à effet de serre que pour intégrer les enjeux d’adaptation dans l’ensemble des politiques publiques.
Une trajectoire pensée autour de la planification publique et des financements
En 2024 la température mondiale moyenne a dépassé la limite de +1.5°C fixée lors des Accords de Paris en 2015. A l’ère de l’anthropocène, l’Homme doit mettre en place des actions pour limiter les conséquences du changement climatique et permettre l’adaptation des territoires. Le dérèglement climatique incarné par l’augmentation des catastrophes naturelles est une réalité pour l’ensemble du territoire français.
Le rapport publié par Météo France en mars 2025 brosse le portrait d’une France à +4° en 2100 par rapport à la période préindustrielle … sachant qu’aujourd’hui la température a déjà augmenté de +1,7°C en France hexagonale et en Corse en raison du changement climatique.
Le PNACC-3, présenté en mars 2025, prévoit la planification publique comme la première condition pour mettre en cohérence l’ensemble des politiques publiques avec la TRACC d’ici 2030.
Sans adaptation, le coût des sinistres climatiques pourrait doubler dans les trente prochaines années selon le PNACC-3 et atteindre 143 milliards d’euros sur la période 2020-2050. Ainsi, le financement constitue le second levier pour l’adaptation. Le PNACC-3 souhaite stopper les financements des investissements non ou mal adaptés et réorienter les flux financiers vers des investissements d’adaptation et de résilience.
Une attention particulière est accordée aux Outre-mer, qui concentrent des risques climatiques importants. La mobilisation des moyens locaux et nationaux doit être renforcée, et une organisation dédiée mise en place.
Des mesures concernant directement les collectivités et leurs groupements
Pour engager l’ensemble des parties prenantes (Etat, collectivités territoriales, acteurs économiques et citoyens), le PNACC présente 52 mesures et plus de 200 actions concrètes articulées autour de cinq axes :
– Protéger notre population ;
– Assurer la résilience des territoires, des infrastructures et des services essentiels ;
– Adapter les activités humaines pour assurer la résilience économique et la souveraineté alimentaire, économique et énergétique de notre pays à +4°C ;
– Protéger notre patrimoine naturel et culturel ;
– Mobiliser toutes les forces vives de la Nation pour réussir l’adaptation.
De grands principes régissent le nouveau PNACC : l’anticipation, la progressivité, la priorisation, les co-bénéfices, la mobilisation et la différentiation.
Bien que le cadre national soit posé, la mise en œuvre sera faite localement. Il est prévu que le plan national soit décliné autour de stratégies d’adaptation adaptées aux caractéristiques environnementales et socio-économiques des territoires. Le gouvernement souhaite « responsabiliser » les collectivités territoriales et identifier des territoires pilotes.
Les collectivités territoriales qui détiennent 75% des leviers de la réussite de la transition écologique selon la Stratégie nationale bas carbone de la France jouent un rôle central en tant que premier investisseur public et fin connaisseur de leurs spécificités.
Plusieurs mesures du PNACC-3 concernent directement les collectivités, notamment :
- l’information, la prévention et la formation (mesure 22 : mettre à la disposition des collectivités les informations nécessaires pour adapter leur territoire au changement climatique / intégrer progressivement la TRACC dans tous les documents de planification publique …),
- le fléchage des financements publics (mesure 27: mieux prendre en compte l’adaptation au changement climatique dans les financements publics en faveur de la transition écologique dès 2024 / mesure 45 : mobiliser la commande publique au service de l’adaptation au changement climatique …),
- l’évaluation de l’impact des investissements publics locaux (mesure 26 : mieux évaluer les actions d’adaptation menée sur le territoire …)
- la résilience des infrastructures (mesure 30 : assurer la résilience des transports et des mobilités / mesure 31 : assurer la résilience du système énergétique / mesure 32 : assurer la résilience des services de communications électroniques …),
- l’accompagnement au changement (mesure 3 : protéger les population des inondations en adaptant la politique de prévention des risques / mesure 13 : renaturer les villes pour améliorer leur résilience face au changement climatique / mesure 47 : renforcer la gouvernance de l’adaptation au changement climatique …).
L’AFL, la banque des collectivités locales pour financer l’adaptation
Les missions des collectivités leur imposent d’investir massivement dans l’adaptation climatique. Par ailleurs, les financeurs, publics notamment, encouragent une intégration massive des enjeux d’adaptation et de transition au sein des projets.
A la fois financeur et financé, le bloc local se trouve au cœur de ces défis et dispose d’une marge de manœuvre pour limiter les effets du dérèglement climatique. L’enjeu est de prendre conscience que le coût collectif de l’inaction est bien supérieur à celui d’un investissement dans la résilience, mais qu’il est aussi utile de « calibrer les curseurs territoriaux » pour éviter le sur investissement ou le sous-investissement. Toutefois, le chantier s’avère complexe pour les collectivités, premier investisseur public, dans un contexte budgétaire particulièrement contraint.
L’AFL accompagne le bloc local dans sa stratégie d’adaptation aux côtés d’autres acteurs tels que le Cerema, l’ADEME ou l’ANCT. En proposant des prêts bancaires non fléchés à l’ensemble de ses collectivités actionnaires, l’AFL leur permet de financer l’intégralité de leurs projets.
ZOOM : Afin de répondre aux exigences réglementaires, l’AFL a par ailleurs construit un indicateur de sensibilité climatique de l’ensemble des territoires. Cet indicateur n’a pas vocation à orienter les financements de l’AFL ou encore à adapter les conditions financières proposées, mais bien à éclairer les exécutifs et dirigeants locaux, à leur fournir des nouveaux outils de pilotage et d’anticipation.
Les élus membres du conseil d’administration de l’AFL-ST ont réaffirmé leur engagement à financer l’ensemble des projets des collectivités. Il revient au législateur de construire le cadre réglementaire pour une orientation optimale des projets de tous les acteurs économiques, cette obligation ne peut être déléguée aux seuls acteurs bancaires, portant eux aussi leur propre responsabilité en la matière.
💬 Un décryptage de Lou Lamure-Guigard, Responsable des relations partenaires & chargée du développement de l’AFL.